Zoo d’Amnéville : grosse polémique sur son fonctionnement

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Depuis plusieurs jours, le zoo d’Amnéville fait l’objet de nombreuses critiques après les révélations choc d’une dizaine de salariés et d’ex-salariés, qui ont décidé de dévoiler les coulisses de l’établissement, comme le rapporte le site de France Bleu Lorraine, à l’origine de l’enquête.

 

Un fonctionnement chaotique

Fichage des employés, licenciements arbitraires, harcèlement, mensonges sur le sort des animaux… La liste des griefs est longue. D’après les employés, la déliquescence du zoo a commencé en juillet 2011, après la mort de Jean-Marc Vichard, emporté par un cancer à l’âge de 49 ans. Allié indispensable de Michel Louis, le fondateur du zoo, Jean-Marc Vichard a laissé un grand vide.

 

Dès lors, les problèmes se sont accumulés. Et ils sont nombreux. Le premier, le fichage des employés comme élément perturbateur ou nom. Plusieurs personnes tiennent un fichier détaillé des différents salariés du zoo : un nom surligné en jaune signifie que la personne est à surveiller. Robert, qui a attaqué le zoo devant le conseil de prud’hommes pour licenciement abusif, se trouve sur cette liste. Il explique :

 

Le zoo, c’était toute ma vie. Je n’ai pas à être sur la liste, je n’ai rien fait. 

 

Source : France Bleu Lorraine

 

Sophie, autre ex-salarié, poursuit :

 

C’était loin d’être un secret à Amnéville, tout le monde la connaissait. 

 

Autre problème : la gestion des salaires et de l’embauche. Les salaires, très élevés, s’accompagnent d’un recrutement frôlant le népotisme. Sophie avoue :

 

Des familles entières sont entrées, vous pouvez faire un arbre généalogique au zoo.

 

Mais cela n’est pas le seul problème : après l’abrogation de la défiscalisation des heures supplémentaires en 2012, la méthode de paiement change. Julie, animatrice, reconnaît qu »à partir de cette date, mon salaire est divisé en deux parties, 2.000€ sur ma fiche de paie et 4 à 500€ par mois en liquide ». Didier, un dresseur, estime quant à lui que 10 % de son salaire était versé en liquide.

 

Au cœur de la polémique se trouve le directeur du parc, Michel Louis. Grand nombre d’employés le décrivent comme colérique et dictatorial, au sein d’une petite cour de proches qui lui demeurent fidèles. Les chiffres du zoo seraient par ailleurs faussés pour gonfler son affluence et son chiffre d’affaires. Quant aux dettes, elles pèseraient bien plus lourd que prévu, au point d’avoir entraîné une procédure de redressement fiscal.

 

Les conditions de vie des animaux

Malgré tout, les salariés assurent que les animaux n’étaient pas maltraités. Simon, un ex-employé, admet qu' »il y a toujours eu à manger pour les animaux, toujours du chauffage ». En revanche, certaines infrastructures, comme le bassin des otaries, laissent grandement à désirer.

 

Il y a une fuite dans le système de filtration depuis 1998. On n’a jamais fait les travaux. Si vous coupez l’arrivée d’eau, en une nuit le bassin est au ¾ vide. Cela représente 100.000 litres d’eau qui partent tous les jours, on ne sait pas où. Je peux vous dire qu’en plus, les analyses bactériologiques sont horribles.

 

Si les pensionnaires restent bien traités de leur vivant, il n’en va pas de même après leur décès. Plusieurs employés affirment en effet avoir procédé à des découpes de cadavres afin de les enterrer dans un coin du zoo. Julie explique :

 

Quand je suis arrivée, on a enterré l’éléphante Catarina. C’est une pratique courante pour récupérer le crâne à des fins pédagogiques.

 

Source : DR

 

Albert, un autre salarié, va dans ce sens :

 

Moi j’ai découpé l’éléphant, j’ai aussi enterré des bestioles dans la forêt. Un lion, un puma, un boa… On n’avait pas les moyens de payer l’équarrissage, alors on acceptait, pour la boîte.

 

La mort de certains animaux est parfois douteuse, comme celle de YaKwanza, un gorille décédé en 2017, officiellement d’une rupture d’anévrisme. La vérité est tout autre : le primate a succombé à une erreur d’anesthésie. Autre cas, celui de Watson, l’otarie de Patagonie, mort en 2019, qui ne s’est pas réveillé lui non plus d’une anesthésie – ce que le zoo a annoncé lui-même. En revanche, pour Sandrine, Watson souffrait aussi d’une tuberculose non soignée. De plus, comme le confie à nouveau Julie :

 

Michel Louis voulait un bassin bleu pour les otaries.On chlorait beaucoup, tout le temps, et les animaux avaient des problèmes aux yeux.

 

Source :  Maxppp – Jing Huihui

 

La provenance de quelques pensionnaires interroge. En 2015, le zoo d’Amnéville est exclu de l’EAZA association des zoo et aquarium après la construction de l’attraction Tiger World. Les conséquences sont immédiates et problématiques : le zoo d’Amnéville ne peut plus bénéficier de prêts d’animaux et doit donc acheter ses bêtes. Certaines bêtes sont achetées à des marchands russes, mais de lourds soupçons pèsent sur ces derniers. D’où vient, par exemple, le Binturong d’Indonésie du zoo, très agressif, et qui présente en réalité les comportements d’un animal capturé dans la nature – chose formellement interdite par les zoos français ?

 

Une proximité avec les élus

Malgré tout, le zoo continue de rapporter gros en Moselle, et certains élus semblent fermer les yeux sur les conditions de l’établissement. Des employés dénoncent le déversement de eaux usées dans les forêts à proximité. D’après Julie :

 

On pense qu’on est en état de non-conformité. Tout part dans la forêt d’Hagondange, mais on parie sur le fait que le maire ferme les yeux. Il est difficile de ne pas savoir. Certains jours, des joggeurs nous font remarquer qu’il y a des torrents de merde d’hippopotame qui partent en forêt.

 

Source :  Radio France – Antoine Barège

 

La mairie affirme pourtant que tout est conforme.

 

Tout va bien, aucun problème de déversement d’eaux usées n’a été signalé. Si cela était vrai, ce serait un sérieux problème. C’est aux services de l’Etat de mener les contrôles.

 

Des dettes massives

À l’heure actuelle, les dettes du parc d’Amnéville s’élèvent à 53 millions d’euros. Une audience se tiendra par ailleurs à la chambre commerciale du tribunal de Met, le 18 décembre 2019, pour décider du sort exact de l’établissement. Il existe deux repreneurs possibles  : Prudentia Capital, ou le regroupement de quatre entrepreneurs locaux.

 

Prudentia Capital envisage de laisser Michel Louis à la tête du zoo et prévoit d’injecter 10 millions d’euros dans le projet. Du côté des entrepreneurs locaux, on parle d’un investissement de 30 millions d’euros sur cinq ans, d’une réintégration de l’EAZA accompagnée de la fermeture immédiate de Tiger World, ainsi que de la construction d’un hôtel au beau milieu du zoo pour permettre aux visiteurs d’y dormir.

 

 

De « fausses accusations » aux yeux du directeur

Pour Michel Louis, les accusations et reproches de ses employés et ex-employés ne sont que des mensonges, un « complot » destiné à « lui prendre le zoo ». Il affirme que tout est légal au sein du zoo et que rien n’a été dissimulé.

 

Le directeur explique avoir notamment les factures de l’équarrissage des animaux décédés au zoo. Il déclare aussi que la liste noire n’a jamais existé. Il conclut :

 

À tous ceux qui me salissent, qui salissent le zoo, qui me calomnient, qui me diffament. Après le 18 décembre, mon avocat va bien s’occuper de tout le monde.

 

Note : les prénoms des salariés et ex-salariés ont été modifiés.

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