Sauvetage de Jon, un lion de cirque

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Le lion Jon revient de très loin, et il porte encore aujourd’hui les stigmates de sa vie en captivité. Le fauve était détenu par le Cirque de Paris, un cirque itinérant pour le moment stationné à Vironvay, dans l’Eure, en raison du confinement.

 

Le 5 juin, Jon a été saisi par l’Office français de la biodiversité, après une longue procédure entamée en 2018, au côté de l’association One Voice, qui a documenté la saisie. L’organisation de défense des animaux militait depuis très longtemps pour la libération du lion, dont l’état de santé était déjà catastrophique à l’époque. La préfecture de l’Eure avait diligenté une inspection le 20 avril 2020, inspection qui avait conclu à un bon état de santé des animaux.

 

Une affirmation qui semble très loin de la vérité lorsque l’on constate l’état déplorable dans lequel se trouve Jon. Le fauve a été dégriffé, ses dents ont été meulées jusqu’à la pulpe, afin, très certainement, de faciliter son dressage. Il n’a que la peau sur les os, et souffre de blessures douloureuses au niveau de la queue et du corps. Muriel Arnal, présidente-fondatrice de One Voice, dénonce :

 

Jon présente les stigmates des mutilations et des cruautés qu’il a subies des années durant, sans aucun répit. Son supplice est celui de tous les lions des cirques, majestueux animaux réduits à l’état de pantins auxquels on a ôté tout espoir. Et la législation, pourtant si misérablement faible à les protéger, n’est même pas respectée, car les préfectures qui en ont la responsabilité ferment les yeux. Pour les animaux, les cirques, c’est la maltraitance légale… à en mourir.

 

Source : One Voice

 

Jon a été confié à l’association One Voice, qui l’a ensuite transféré au refuge Tonga terre d’accueil. Pierre Thivillon, le président du refuge, fait le même constat amer que Muriel Arnal :

 

Depuis 45 que je m’occupe de fauves, ce vendredi soir, à l’arrivée de Jon, j’ai éprouvé une immense peine et une grande honte de découvrir l’état de santé de ce lion. Comment des hommes qui prétendent aimer les animaux ne font rien pour leur assurer le minimum de bien-être ? Pourquoi les autorités n’interviennent pas avant devant un tel état de malnutrition ? J’éprouve une grande honte pour les hommes qui sont responsables de ces animaux.

 

Chris Draper, biologiste, spécialiste du bien-être des animaux sauvages en captivité pour l’association Born Free, abonde lui aussi en ce sens :

 

J’ai été choqué de voir l’état dans lequel se trouve Jon. Il est extrêmement maigre. Le temps aidera à déterminer si cette maigreur résulte d’une alimentation inappropriée ou d’un problème de santé sous-jacent. Je suis ravi de le savoir aujourd’hui en lieu sûr, où ses problèmes de santé pourront être évalués et traités correctement. Nous sommes impatients de travailler avec One Voice et d’autres partenaires sur l’élaboration d’un plan destiné à le placer en temps opportun dans un établissement de soins à vie. L’état de Jon est la preuve, une fois de plus, que les cirques ne sont pas un endroit pour les animaux sauvages.

 

L’état de santé de Jon et sa faiblesse ne pouvaient donc pas être ignorés par la préfecture, qui s’est pourtant fendue d’un communiqué le jour de la saisie de l’animal, affirmant que l’inspection du 27 avril 2020 consistait en une simple vérification des installations et non en une inspection vétérinaire. Se basant avant tout sur l’apparence des animaux, le rapport avait conclu à une bonne santé générale. Le communiqué précise :

 

Cette opération visait à vérifier les conditions réglementaires de détention des lions. Après avoir constaté que le cirque détenait cinq lions alors qu’il ne disposait d’autorisations que pour quatre, un animal a été saisi. 

 

Source : One Voice

 

Car il reste malheureusement quatre lionnes au Cirque de Paris, Hannah, Patty, Céleste et Marli. One Voice a déposé plainte en leur nom. L’association a également dénoncé le communiqué de la préfecture, avant de préciser :

 

L’association One Voice rappelle qu’elle a déposé plainte depuis le 8 octobre 2018 auprès du parquet d’Evreux pour des faits d’actes de cruauté, de mauvais traitements, de placement dans des conditions pouvant occasionner des souffrances et d’exploitation irrégulière alors que le Cirque de Paris était à Saint-Marcel.

 

La préfecture ne pouvait donc ignorer l’état des animaux. En octobre 2018, l’association avait déposé plainte au nom de Dumba, une éléphante détenue par le Cirque de Paris, et louée dans le monde entier pour des spectacles. Le pachyderme se trouvait lui aussi dans un état lamentable. One Voice dénonçait déjà à l’époque des manquements aux consignes de sécurité : certains spectateurs se faisaient prendre en photo auprès de l’éléphante.

 

Après cette réponse de la préfecture, One Voice demande à ce que les conditions d’inspection soient réévaluées :

 

Le préfet déclare que ces inspections n’ont pas vocation à déterminer si le bien-être des animaux est respecté mais qu’elles se limitent à l’apparence. On est bien d’accord que c’est précisément là qu’est le problème. Il faut que cela change. Ces inspections doivent inclure la protection des animaux, comme le prévoient les textes.

 

 

Jon, de son côté, tentera de se remettre lentement de toutes les tortures qu’il a subies. Si tout se passe bien, il pourra bientôt s’envoler pour l’Afrique, où une place l’attend dans un des sanctuaires de l’association Born Free.

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