Faut-il réintroduire l’ours en France ?

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Encore aujourd'hui, la réintroduction d'espèces historiquement présentes sur le territoire français fait débat. Que dire du loup, très régulièrement pointé du doigt par ses détracteurs, depuis son retour officiel dans l'Hexagone dans les années 1990. Mais le loup n'est pas le seul animal à susciter des controverses. En effet, la question de l'ours s'est également posée au moment de sa réintroduction dans les Pyrénées, et le retour du plantigrade sur le territoire français cristallise les tensions entre ses défenseurs et ses opposants.

 

Soutiens et oppositions

Cette réintroduction ne s'est pas faite sans heurts. Les éleveurs, notamment, s'opposent farouchement au retour de ce prédateur, par crainte pour la survie de leurs troupeaux. Afin de tenter d'apaiser les tensions, l'État s'est engagé depuis 2010 à rembourser les éleveurs victimes d'attaques d'ours. Mais les indemnisations demeurent insuffisantes aux yeux des principaux concernés. L'ours est régulièrement présenté comme un carnivore, mais son régime alimentaire est en réalité omnivore : il se nourrit d'ailleurs principalement de végétaux. C'est un carnivore opportuniste, qui ne s'attaque qu'aux individus les plus faibles.

 

Si les éleveurs et chasseurs sont majoritairement contre la réintroduction de l'ours, il n'en est pas de même pour le reste de la population. Selon un sondage Ifop de 2018, 84 % des Français sont pour le maintien des plantigrades dans les Pyrénées.

 

Un sondage réalisé sur le site Pet Alert France le 6 juin 2019 montre un soutien encore plus massif. 93 % des presque 3000 votants se sont prononcés pour la poursuite de la réintroduction des ours dans les Pyrénées.

 

 

Certains participants qui s'y sont opposés émettent divers arguments : dangerosité de l'ours face à des promeneurs, prédation sur les troupeaux. D'autres craignent tout simplement que les efforts soient réduits à néant par les chasseurs, qui risqueraient de s'en prendre aux animaux – ce fut le cas en 2004, avec la mort très médiatisée de l'ourse Cannelle, abattue par un groupe de chasseurs.

 

Les arguments "pour" sont aussi parfois tempérés par certaines conditions : environnement adapté, protection efficace contre les chasseurs, restauration du biotope pour une vie optimale… Mais globalement, l'immense majorité des votants veut voir les efforts de réintroduction être poursuivis.

 

Les autorités françaises semblent par railleurs disposées à maintenant les programmes ; l'ours est une espèce protégée dans l'Hexagone depuis 1981.

 

L'histoire de l'ours en France

L'histoire de l'ours sur le territoire français est indissociable de l'histoire de l'ours en Europe. Si les origines de l'ours remonterait à près de cinq millions d'années, c'est vers 850 000 avant notre ère que les branches de l'espèce se séparent pour s'établir en Europe occidentale, en Russie, en Europe de l'Est et en Asie.

 

Présents sur un territoire très élargi, les ours deviennent assez tôt la cible des hommes. Il est utilisé lors des jeux romains, au cours de l'Antiquité. Le Moyen-Âge voit la naissance des montreurs d'ours dressés pour amuser le public – une discipline qui existe encore par ailleurs dans certains pays. Il est bien évidemment chassé pour sa fourrure, et l'ours voit son territoire se réduire au Jura, aux Vosges, aux Pyrénées et aux Alpes. Au XIXe siècle, le déclin s'intensifie ; très vite, l'ours se retrouve cantonné aux seules Pyrénées. Dans les Pyrénées-Orientales, le dernier ours sauvage est tué en 1846, et la situation devient plus que critique.

 

Source : Pixabay

 

Au début du XXe siècle, la population d'ours des Pyrénées est estimée entre 70 et 150 individus. Un chiffre qui ne cesse de décroître, malgré l'intervention du gouvernement et l'arrêt de la chasse à l'ours en 1962. Les dégâts sur les populations de plantigrades sont trop importantes, et dans les années 1990, on ne compte plus que cinq ours sauvages en France.

 

La réintroduction de l'ours sur le territoire

C'est cette situation pour le moins dramatique qui a poussé les autorités à mettre en place un plan de réintroduction de l'ours brun sur le territoire français.

 

Entre mai 1996 et mai 1997, trois ours slovènes sont relâchés dans les Pyrénées : Melba, Zyva, et Pyros. Malheureusement, Melba est abattue par un chasseur seulement quelques mois après sa réintroduction. Elle a cependant eu le temps de donner naissance à plusieurs oursons avant sa mort. En 2006, cinq nouveaux ours sont relâchés : Palouma, qui meurt la même année, Franska, qui décède en 2007, Hvala, Sarousse et Balou.

 

Source : Pixabay

 

Les populations d'ours grimpent ainsi à une trentaine d'individus en 2014. Pour éviter une trop forte consanguinité, Pyros étant le père de tous les ours de la région, est introduit Goiat en 2016. Il sera suivi en 2018 par Sorita et Claverina.

 

Aujourd'hui, l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) estime que 50 ours sont présents dans les Pyrénées. S'il s'agit d'un bond significatif par rapport aux cinq derniers ours des années 90, ce nombre est loin d'être suffisant pour assurer la pérennité de l'espèce sur le territoire français. La mort très probable des deux oursons de Sorita, nés en mai 2019, est notamment un coup dur pour les efforts de préservation de l'ours brun. Pour l'ONCFS, quatorze femelles supplémentaires seraient nécessaires pour asseoir l'avenir de l'ours brun en France.

 

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