One Voice : enquête sur la chasse en enclos

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Pratique assez méconnue du grand public, la chasse en enclos fait pourtant partie des loisirs de certains chasseurs. Le principe est simple – et cruel : chasser des animaux au sein d’un enclos fermé dont les bêtes sont prisonnières. One Voice a infiltré certaines de ces chasses au cours de l’hiver 2020-2021. Reportage.

 

 

Ces chasses se déroulent sur des propriétés privées et rapportent gros aux propriétaires des domaines et aux éleveurs, qui proposent des tarifs à la journée, différents selon le type de gibier chassé. Les animaux ne sont pas prélevés dans la nature : ils sont nourris, élevés, dans le seul but d’être abattus pour le plaisir des chasseurs. Ici, pas de « plaisir » à traquer la proie. Elle est déjà là, incapable de fuir et prête à servir de cible. Muriel Arnal, la présidente de l’association One Voice, s’indigne :

 

La chasse en enclos, c’est la chasse en boîte made in France ! Nos enquêteurs en infiltration ont vu les chasseurs traquer des animaux qui étaient en confiance, et pour cause, des humains les élèvent, les nourrissent, pour les vendre aux carabines. Quelle ultime trahison ! Des laies pleines sont traquées sans merci. Chevreuils, biches, daims fuient terrorisés sous les balles. Des marcassins orphelins sont laissés à une mort évidente. Le ball-trap sur animaux vivants a pris fin il y a plus d’un siècle car jugé honteux. Nous demandons au ministère de l’Écologie l’interdiction immédiate de la chasse en enclos. 

 

Face aux caméras cachées des enquêteurs de l’association, les chasseurs ne font montre d’aucune émotion, bien au contraire. Ils sont tous ravis de participer. L’un d’eux déclare « y a assez de beaux sangliers dans le parc pour se faire plaisir », tandis qu’une organisatrice ajoute :

 

S’il y a une laie pleine ce soir qui fait 130 kilos au tableau, y a pas de souci. Ça s’arrose. Si elle est dans le parc, c’est qu’elle est bonne à tuer. Aujourd’hui, toutes les laies sont pleines, donc automatiquement, s’il y a une laie qui est pleine, c’est pas grave. Y a pas d’amende, y a pas de taxe d’abattage, y a pas tout ça. C’est votre journée, point. S’il y a des laies là, dans le parc, c’est que nous à l’élevage, on n’en veut plus… Donc on les fait tuer. 

 

 

Les organisateurs sont également aucune pitié pour les animaux survivants. Interrogée sur le sort des marcassins dont la mère a été tuée, la même organisatrice déclare :

 

À la tombée de la nuit, ça gueule, comme ça, les petiots, oh ! Ils vont gueuler pour rechercher leur mère. J’en ai dans la salle là-bas, toutes les trois heures il faut les faire boire, hein, sinon ils crèvent. 

 

Quant aux chiens utilisés lors de ces parties de chasse, leur vie n’est guère plus enviable. Certains reviennent blessés, si ce n’est pire. Ils ne sont que des outils, remisés dans une camionnette à la fin de la journée. Pour terminer, One Voice dénonce l’absence totale de gestes barrière et le mépris de la distanciation, alors que la France se trouve toujours au cœur d’une pandémie qui a déjà fait plus de 100 000 morts sur le territoire.

 

Même les autres chasseurs se montrent critiques de ces chasses, que les organisateurs gardent bien de diffuser au grand jour tant elles ont mauvaise presse. Les clichés des cadavres des animaux ne peuvent pas être publiés sur Internet pour éviter de déclencher l’ire publique. Willy Schraen, le président de la Fédération nationale de chasse, a déclaré :

 

Il y a l’éthique de la chasse. Est-ce que c’est bien de faire 150 sangliers à dix dans un parc fermé ? Ce n’est pas mon éthique de la chasse. Je ne dis pas que je n’ai jamais été dans des chasses professionnelles au petit gibier et que je n’ai jamais été dans un enclos. Je l’ai fait et je l’assume. Avec le recul, ce n’est pas ma chasse. Je ne pense pas que ça va servir la chasse française. […] Le dernier problème, c’est le problème sanitaire, qui peut être une bombe pour le monde agricole, la chasse française.

 

 

Il ajoute que le problème vient aussi des maires qui sont les seuls à pouvoir interdire ces chasses, mais qui se laissent amadoueur par l’argent qui rentrent dans les caisses. Car ces chasses coûtent cher, et seuls les plus fortunés peuvent y participer. D’après Willy Schraen, les maires rechigneraient à prendre position car ces gens fortunés font souvent des contributions aux communes. Interdire serait donc renoncer à ces rentrées.

 

De son côté, One Voice interpelle Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique et solidaire, et demande la fin de ces pratiques barbares. L’association a lancé une pétition, que vous pouvez signer en cliquant ici.

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