Mort d’Élisa Pilarski : la tribune de Médiapart

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Le décès d’Élisa Pilarski, le 16 novembre 2019 dans la forêt de Retz, dans l’Aisne, continue de poser bon nombre de questions. La jeune femme âgée de 29 ans et enceinte de 6 mois a été retrouvée morte par son compagnon, Christophe, dévorée par des chiens.

 

Une chasse à courre se déroulait à proximité de l’endroit où a été retrouvé le cadavre d’Élisa, et depuis, des soupçons pèsent sur la meute du Rallye de la Passion. La police a effectué 62 prélèvements ADN sur les animaux – elle a également procédé à des examens sur les cinq chiens du couple, même si un seul d’entre eux se trouvait avec la jeune femme au moment des faits.

 

Mais pour les chasseurs, il est tout simplement inconcevable que leurs animaux soient responsables ; les veneurs se dédouanent de toute responsabilité par l’intermédiaire du porte-parole de la vénerie en France, Antoine Gallon. Une posture jugée tout bonnement inacceptable par Jérôme Henriques, qui a choisi de dénoncer ces arguments dans une longue tribune à charge publiée sur le site de Mediapart.

 

Source : DR

 

Jérôme Henriques relève plusieurs arguments plus que fallacieux de la part des chasseurs, à commencer par celui d’Antoine Gallon, qui a déclaré :

 

Elisa Pilarski promenait … un chien de combat …, dont on ne peut imaginer qu’il ait laissé sa maîtresse se faire dévorer sans la défendre ! Or, des vétérinaires mandatés par les gendarmes ont inspecté les 62 chiens de l’équipage et aucun ne présentait de traces de morsure.

 

Le journaliste souligne, à raison, la corrélation très maigre entre Curtis, le chien qui accompagnait Élisa, et les animaux utilisés par les veneurs. Il explique :

 

Un chien attaqué par une meute est-il forcément apte à se battre ? A mutiler ses assaillants ? Et puis, n’a t-on pas pu planquer des chiens ?

 

Source : DR

 

Autre point à souligner : les contradictions entre les témoignages de Christophe, le compagnon de la jeune femme, et ceux des chasseurs. L’un d’eux, Jean-Michel Camus, n’a pas hésité à affirmer dans les médias que Christophe, alors à la recherche de sa femme, l’avait interpellé en ces termes :

 

« Je cherche mon chien, faites attention à vos chiens car le mien est très dangereux » … je lui ai répondu que nos chiens n’étaient pas méchants, mais lui m’a répété que ses chiens étaient ‘très très méchants’ et qu’il fallait faire attention ; « il était avec ma femme et je la cherche ».

 

Jérôme Henriques relève l’étrangeté de cet échange, qui paraît presque voulait dépeindre Curtis comme un chien dangereux, en parallèle avec les inoffensifs animaux des chasseurs. D’autres incohérences existent. La première : l’heure de début de la chasse. D’après les participants, celle-ci aurait commencé une demi-heure à une heure après la mort d’Élisa. Hors, des témoins affirment avoir croisé les chasseurs dès 13h, et donc pas à 13h30, comme ils l’ont affirmé.

 

Source : MLAR

 

Que dire également de l’imbroglio autour de la présence ou non de Jean-Charles Métras, lieutenant-colonel de la gendarmerie de Soissons, et présenté comme un amateur de chasse dans les médias ? L’officier a depuis pris la parole pour assurer qu’il ne participait pas à la sortie de l’équipage ce jour-là, tout en précisant qu’il était bien sur place, mais qu’il avait simplement suivi les veneurs de loin. Pourtant, Christophe affirme avoir croisé le militaire à cheval.

 

À l’heure actuelle, les autorités ne privilégient aucune piste, mais ont ébauché trois hypothèses : une attaque par le propre chien de la victime (pourtant blessé et mordu lui aussi), une attaque par la meute de chiens de chasse, ou une attaque par un chien errant, qu’il resterait donc à retrouver.

 

Mais les chasseurs font bloc depuis le début de cette terrible affaire pour affirmer que ni les veneurs, ni leurs chiens, n’ont une part de responsabilité dans l’accident. Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs, a d’ailleurs déclaré dans Valeurs Actuelles, un média frôlant avec l’extrême-droite, que « les chiens de chasse à courre ne sont pas impliqués ».

 

Les résultats des analyses ne seront pas connus avant plusieurs semaines. S’il s’avère que la meute est bel et bien responsable de la mort d’Élisa Pilarski, peut-on espérer un moratoire sur la pratique de la chasse à courre en France, afin d’éviter qu’un autre accident de ce type se reproduise ? Plusieurs pays, comme la Belgique, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, ont interdit la vénerie depuis de nombreuses années. Pourquoi pas dans l’Hexagone ?

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