Les cirques doivent-ils renoncer aux animaux ?

ADVERTISING

En 2018, un cirque allemand annonçait la mise en place d'un dispositif inédit : celui de faire appel à des hologrammes d'animaux lors de ses spectacles, dans un but très clair : prouver que la magie pouvait continuer à opérer sans faire appel à des animaux sauvages maintenus en captivité. Pour autant, la question fait débat, entre les fervents défenseurs du cirque dit "traditionnel" et ses farouches opposants.

 

La captivité a de moins en moins la cote

 

C'est pourtant un fait : ces dernières années, la captivité des animaux sauvages, qu'il s'agisse des zoos, des parcs marins ou des cirques, interpelle de plus en plus de Français et les dérange.

 

Un sondage réalisé sur la page Facebook de Pet Alert a révélé qu'une immense majorité des votants – près de 90 % – se prononçaient contre la présence des animaux dans les cirques, sur presque 6000 participants.

 

 

Certains se prononçant en faveur des animaux dans les cirques y mettent des conditions : la première, celle d'abandonner la présence d'animaux sauvages pour se concentrer sur les espèces historiquement domestiquées par l'homme comme le chien ou le cheval. D'autres estiment qu'il est possible d'avoir des animaux dans les cirques s'ils sont bien traités, avec une surveillance vétérinaire adaptée. Un commentaire met aussi en avant le paradoxe inhérent à nos sociétés : l'inquiétude de mauvais traitement pour les animaux de cirque contre l'indifférence du sort réservé aux animaux d'abattoir et une certaine hiérarchisation des espèces.

 

Mais dans l'ensemble, la tendance est très claire. Pour de nombreuses personnes, les animaux n'ont rien à faire dans des cirques, qui confinent à l'exploitation pour le divertissement humain. Cette opposition avait déjà été mise en lumière par un sondage Ifop réalisé en 2018 pour la Fondation 30 Millions d'Amis. 67 % des sondés étaient ainsi favorables à l'interdiction des animaux dans les cirques.

 

Le poids de la captivité sur les animaux

 

Si les zoos, parcs animaliers ou autres parcs marins peuvent se targuer de participer également à l'effort de conservation des espèces – la validité de l'argument sera laissé à l'appréciation de chacun -, qu'apporte réellement le cirque pour l'animal ? Les dresseurs se défendent de maltraiter leurs bêtes, assurent les aimer et avoir établi avec elles des liens durables. Leur parole n'est pas à remettre en doute, car elle est sincère. En France, des lois existent par ailleurs pour assurer un traitement correct des animaux au sein des cirques. Les textes français sont, à ce sujet, parmi les plus restrictifs d'Europe sur les conditions de vie et le bien-être des animaux dans les cirques.

 

Mais les dégâts de la captivité ont été observés et largement documentés. La violence n'est pas nécessairement physique, mais avant tout psychologique. On observe très régulièrement des cas de stéréotypie sur les animaux sauvages captifs. La stéréotypie se caractérise par des comportements itératifs et compulsifs, "contre-nature" : un fauve tournant en rond dans sa cage pendant des heures, un éléphant se balançant de droite à gauche sans s'arrêter. Les comportements stéréotypés traduisent des mal-êtres persistants, consécutifs à un stress, à une détresse psychologique, à l'impossibilité d'assouvir des instincts naturels qui se retrouvent brimés. Sans sollicitations régulières ou stimulations, les animaux tombent en dépression et se laissent pour certains dépérir.

 

Source : Pixabay

 

Les arguments en faveur des animaux de cirques sont les mêmes : en temps normal, le public européen n'aurait pas accès à ces bêtes exotiques. Les spectacles de cirque permettent donc de découvrir des animaux que l'on n'aurait jamais pu voir en temps normal. Ils sont donc un vecteur d'apprentissage et d'émerveillement. Les cirques se revendiquent également d'une tradition, d'un savoir-faire qui se transmet d'artiste à artiste. Les dresseurs affirment que les animaux sont bien soignés et qu'ils ne sont pas malheureux. Pour d'autres, que faire de toutes ces bêtes si les cirques devaient y renoncer ? Trouverait-on assez de sanctuaires ou de zoos prêts à les accueillir ?

 

Mais la question se pose : les animaux de spectacle n'ont rien de commun avec les animaux sauvages. Ils sont nés captifs – le prélèvement dans la nature étant désormais interdit. Ces animaux seraient incapables de s'adapter à leur environnement naturel, habitués à la proximité de l'homme. Cet argument est par ailleurs très régulièrement avancé pour s'opposer à toute remise en liberté des animaux de cirques – ce qui n'est pourtant jamais la volonté des associations.

 

L'idée de l'animal-machine de René Descartes est loin derrière nous. Depuis 2015, les animaux sont considérés en France comme des êtres sensibles, dotés d'une conscience et n'ont plus le statut de bien meuble. Dans un tel contexte, l'animal utilisé comme outil de divertissement est-il encore un concept viable ?

 

Vers un déclin du cirque avec animaux ?

 

L'image d'Épinal d'un cirque vecteur de découvertes où évoluent des animaux heureux et des spectateurs émerveillés et ravis est tombée depuis longtemps. Les témoignages d'ex-dresseurs, les reportages de nombreuses associations, montrent un envers du décor beaucoup moins reluisants. Certaines figures du cirque français prennent aussi position contre la présence d'animaux lors des spectacles. C'est notamment le cas d'André-Joseph Bouglione, petit-fils de Joseph Bouglione, qui a décidé de cesser tout tour mettant en scène des bêtes sauvages depuis 2018. Si cette décision n'a pas été suivie par le reste de la famille Bouglione, qui a tenu à rappeler qu'elle continuerait à utiliser des animaux, la prise de position d'André-Joseph n'est pas anodine.

 

Elle traduit une prise de recul grandissante des Français par rapport à la captivité et aux cirques. Ceux-ci accusent d'ailleurs une baisse de leur fréquentation depuis plusieurs années. Cette méfiance du cirque se retrouve au sein même de communautés locales ; plusieurs villes et communes de France ont pris la décision d'interdire les cirques avec animaux. D'autres y réfléchissent. Certaines y mettent des conditions. Dans les faits, ces interdictions n'ont rien de légal et relèvent plus du vœu pieux, mais elles restent malgré tout le reflet d'une vraie évolution.

 

 Source : Pixabay

 

Dans un tel contexte, l'avenir du cirque traditionnel se pose et pousse même les professionnels à dénoncer une campagne de dénigrement nuisible à leur profession. Le Collectif des professionnels du cirque dénonce par ailleurs le discours "délirant" et "extrémiste" de certaines associations ou militants défenseurs des animaux. Les cirques se défendent par ailleurs de toute maltraitance et réaffirment l'amour qu'ils portent à leurs bêtes et les liens qu'ils ont créés avec eux.

 

La naissance d'un cirque nouveau ?

 

 

De nombreux cirques prouvent aujourd'hui que les animaux sont un artifice dispensable dans leur réussite. Le succès du Cirque du Soleil, qui multiplie les tournées à travers le monde, montre qu'un cirque sans bêtes sauvages est viable, prisé, apprécié et admiré. La question se pose : le cirque traditionnel ne devra-t-il pas s'adapter ou mourir ? Car de par le monde, plus de quarante pays, dont la moitié en Europe, ont décidé de sauter le pas et interdisent les spectacles avec animaux sauvages sur leur territoire.

 

Restent alors des marchés plus éloignés. Les Chinois, par exemple, sont particulièrement demandeurs de ce genre de spectacle ; dans l'Empire du Milieu, le bien-être animal est loin d'être primordial. De nombreux témoignages font état de maltraitances et de brimades caractérisées sur les animaux pour les contraindre à effectuer tours et cabrioles.

ADVERTISING