L’ASEMA, cette association unique qui enquête sur la maltraitance animale (INTERVIEW)

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Si vous suivez l'actualité des animaux, vous avez sans doute entendu parler de l'ASEMA (Association Service Enquête Maltraitance Animale), une association créée en décembre 2016 qui oeuvre pour que justice soit faite auprès de nos amis les animaux.

 

Une partie de l'équipe de l'ASEMA – Source : ASEMA-Facebook

 

Depuis le 28 janvier 2015, le Code Civil reconnaît les animaux comme des "êtres vivants doués de sensibilité", une modification du statut juridique qui permet aujourd'hui de définir les animaux par leur valeur intrinsèque, et non par leur valeur marchande. Ce projet de loi voté par l'Assemblée nationale a permis à nombre d'injustices d'être portées sur le devant de la scène juridique.

 

Mais qui dit loi, dit également respect de la loi et rappel aux obligations. Car si "nul n'est censé ignorer la loi", il est indispensable d'avoir, à la manière des gardiens de la paix, des entités dont la mission est de faire respecter ces lois, et de protéger les sujets qu'elle défend.

 

C'est ici que l'ASEMA entre en jeu. Créée en décembre 2016, comme une suite logique de cette avancée juridique, cette association a permis à ce jour de mener près de 330 enquêtes dans des affaires de maltraitance animale. Basée dans 6 départements du sud de la France, l'organisme, entièrement composé de bénévoles, lutte sans vergogne pour sauver des animaux dans le besoin.

 

Mais les bénévoles peuvent également compter sur Mambo, la mascotte de l'association. Le petit chien avait été sauvé il y a neuf ans après avoir été aspergé d'essence par un adolescent, puis embrasé. Sévèrement brûlé, on le pensait condamné, mais les enquêteurs ont décidé qu'il n'en avait pas terminé avec la vie. Aujourd'hui, il est toujours aux côtés de ses sauveurs et se porte à merveille.

 

Mambo, la mascotte de l'association – Source : ASEMA-Facebook

 

Interview exclusive de Dany Goizé, présidente de l’association, pour The Holidog Times.

 

Holidog Times. Quand et comment l'ASEMA a vu le jour ?

 

Dany Goizé, présidente de l'association. L’ASEMA a été créée en décembre 2016. Avant ça, j'ai un peu travaillé dans la protection animale, et puis un jour je me suis dit, maintenant on va créer notre propre service d’enquête, à savoir que nous sommes seulement un service enquête. Il est innovant, c’est le premier qui a été créé à part entière.

 

Nous ne sommes pas un refuge, nous ne sommes pas une SPA. Nous ne pouvons pas accueillir les animaux. Par contre, les animaux que l’on récupère parce qu’ils sont très mal – et ce sont souvent des chiens – nous les plaçons dans les refuges.

 

A ce jour, nous avons diligenté 330 enquêtes environ, dont certaines ont abouti sur des plaintes, d’autres sur des réquisitions d’animaux, grâce à notre avocate. Elle nous a rejoint depuis quelques temps, et elle s’appelle Me Véronique Valls, avocate à la cour au Tribunal des Pyrénées-Orientales. Son rôle est de faire en sorte que les animaux soient récupérés le plus rapidement possible par voie juridique, ou judiciaire plus exactement.

 

Vous avez dit avoir toujours été impliquée dans la cause animale, pourriez-vous nous en dire plus ?

 

Depuis toute jeune, on m’a toujours appris à respect les gens, à respecter et aimer les personnes, les animaux et la nature également. Donc j’ai toujours baigné dans ce milieu, avec ce désir d’aimer les animaux et de ne pas leur faire de mal. En parallèle de ma vie personnelle, j’étais impliquée dans des refuges, j’ai été responsable d’un service enquête également.

 

Et lorsque j’ai découvert Mambo horriblement brûlé (un véritable poulet rôti), je me suis dit "ça ne suffit pas ce que tu fais, maintenant il faut te battre encore plus". Parce que Mambo s’en est sorti, mais des Mambos, il y en a des milliers, et c’est pour eux que l'on se bat.

 

Comment fonctionne le service enquête ?

 

Nous travaillons sur la base de dénonciations. Nous recevons un appel, ou un mail de signalement à propos d’un animal, toutes espèces confondues. C’est Isabelle Galaup, responsable des enquêtes, qui prend en charge ces signalements. Elle fait un travail formidable auprès de l'ASEMA.

 

Elle reçoit un appel, elle prend toutes les coordonnées du lanceur d'alerte, et selon le secteur, elle envoie un enquêteur. Nous en avons dans l’Aude, l’Ariège, les Pyrénées-Orientales, le Var, le Gard, et l’Hérault. Elle dépêche un enquêteur sur place, qui va d’abord constater les faits, puis prendre des photos, nous les renvoyer, etc.

 

Isabelle Galaup, responsable des enquêtes – Source : ASEMA-Facebook

 

Après il y a plusieurs cas de figure. On peut simplement mettre le maître devant ses obligations en lui donnant un délai, après quoi l’enquêteur y retourne et si les recommandations sont suivies, nous nous arrêtons là. Dans le cas contraire, nous allons un peu plus loin. Ensuite, il y a des animaux qui sont vraiment en urgence vitale : maltraités, maigres, attachés ou enchaînés. Là, l’avocate intervient pour demander une réquisition immédiate de l’animal ou des animaux.

 

Donc tout dépend du degré de gravité de la situation ?

 

Oui, voilà. Tout à fait. L'urgence pour nous, et pour l'avocate, c'est de sortir l'animal des griffes de son tortionnaire, de le sauver, de le soigner. Ensuite vient la plainte.

 

Vos enquêtes résultent-elles systématiquement d'un signalement ou est-ce qu'il peut s'agir d'une démarche ponctuelle de votre part ?

 

Oui nous répondons à des signalements dans la majeure partie des cas. Mais si nous constatons un cas de négligence, lorsque nous sommes en déplacement par exemple, nous serons les premiers à intervenir.

 

Vous n'avez pas de refuges, donc vous travaillez en partenariat avec d'autres associations et refuges pour placer les animaux que vous sauvez ?

 

Tout à fait. Les animaux que nous récupérons sont redirigés vers le refuge « Un gîte, une gamelle », situé à Perpignan, dont la directrice est Corinne Legrand. Ce refuge a été créé il y a une dizaine d’années.

 

Source : Seconde Chance

 

De notre côté, avant de récupérer un chien, il faut parfois faire signer un certificat d’abandon au maître afin qu’il se désiste de son animal. Dans le cas contraire, on peut nous accuser de vol. Donc on lui fait signer ce certificat et on lui demande une photocopie de sa carte d’identité. En principe, l’animal est cédé au refuge « Un gite, une gamelle », où il sera accueilli par Corinne, qui est une femme formidable et qui récupère les chiens quel que soit leur état.

 

Dans des cas de maltraitance avérée, vous avez besoin d'autorisations légales pour intervenir chez la personne. Comment procédez-vous dans ces cas-là ?

 

Si nous nous rendons dans un endroit où il y a des chiens à récupérer, nous pouvons nous faire aider de la mairie. Les mairies, les polices municipales et nationales et les gendarmeries, nous sont d’un grand soutien. Quelques fois ils nous accompagnent même sur place. Certaines situations ne sont pas faciles à gérer, donc nous avons besoin d’être épaulés. Et ils sont là pour nous aider.

 

Nous nous intéressons tout particulièrement au travail de vos enquêteurs. Pouvez-vous nous parler d’eux ?

 

Les enquêteurs sont bénévoles. Ils travaillent selon leurs disponibilités. Isabelle Galaup les contacte et leur demande s’ils peuvent se rendre quelque part. La plupart du temps c'est dans leur secteur, à quelques kilomètres. Selon leurs disponibilités ils nous disent oui ou non, et ils se rendent sur place. Ils prennent des photos et nous envoient un rapport d’enquête.

 

Ces bénévoles sont-ils formés par vos soins lorsqu'ils intègrent l'ASEMA ?

 

Oui, tout à fait. D’abord ces personnes ont un entretien avec moi par téléphone. Je leur explique en quoi consistent les missions, je leur fais parvenir les textes de loi par mail, ainsi que le rôle de l’enquêteur. En somme, tout ce qu'il faut savoir pour que les procédures se déroulent dans la légalité.

 

Ensuite nous leur faisons une carte, et Isabelle et Jennifer, notre responsable en équidés, se rendent sur place et les forment sur le terrain, pendant plusieurs enquêtes.

 

Source : ASEMA-Facebook

 

C’est important car il faut beaucoup de diplomatie pour que l’intervention se passe bien, mais aussi pour protéger l’animal. Car aux débuts de l’enquête, nous avons besoin de constater les faits pour vérifier que les dires sont réels, et que la maltraitance ou la négligence est avérée. Donc nous les formons sur le terrain deux, trois, quatre ou cinq fois jusqu’à ce qu’ils se sentent prêts. Les enquêteurs partent souvent en binômes. Selon leur secteur, ils s’appellent et se donnent rendez-vous pour y aller à deux ou à trois.

 

De combien d'enquêteurs disposez-vous environ ?

 

Nous en avons 35. Mais nous avons encore beaucoup de demandes de personnes qui veulent nous rejoindre. Mais la formation demande du temps, et nous ne pouvons pas lâcher les gens comme ça dans la nature, livrés à eux-mêmes. C’est important pour eux, pour le résultat de l’enquête et surtout pour les animaux. Si on ne sait pas y mettre les formes, les choses peuvent mal se dérouler.

 

Source : ASEMA-Facebook

 

La phrase que j’aime bien c’est « Monsieur, nous ne sommes pas là pour vous embêter, mais votre chien a besoin d’aller chez le vétérinaire ». Après ce type d'intervention, nous demandons au propriétaire de nous envoyer des photos de l’animal après un passage chez le vétérinaire, et surtout un certificat indiquant qu’il y a bien été. En principe ça se passe bien. On appelle ça un rappel aux obligations.

 

Du point de vue du lanceur d’alerte, comment ça se passe ? Pourriez-vous nous donner la marche à suivre si l’on souhaite signaler un cas de maltraitance, par exemple ?

 

Alors, le plus important, c’est de vérifier que les faits sont avérés. Nous avons beaucoup de travail, et si le signalement n’est pas fiable, nous risquons de passer à côté d’un animal qui est réellement en danger. Ensuite, nous avons besoin du nom du lanceur d’alerte. Il ne sera jamais divulgué, le signalement se fait de manière anonyme, mais nous le conservons dans nos fichiers, un peu comme pour la Police. Nous procédons à une saisie avec le nom du plaignant, le nom du mis en cause, l’adresse, etc. Ce sont des fichiers que nous sommes obligés d’avoir.

 

Parlez-nous de votre équipe et des personnes qui la composent.

 

Récemment, nous avons été rejoints par deux personnes très qualifiées dont un expert en communication, Quentin qui est pédicure équin qui, lorsque l'on trouvera des chevaux aux sabots abîmés, pourra intervenir. Il sera là gratuitement pour l’ASEMA. Sa compagne, Caro, est vétérinaire, mais surtout dentiste équin, naturopathe et ostéopathe. Ils interviendront donc tous les deux gracieusement pour les soins. Il y a aussi Jennifer Segura, qui est notre référente en équidés.

 

Quentin, le pédicure équin et son épouse Caro, dentiste, naturopathe et ostéopathe équin – Source : ASEMA-Facebook 

 

Nous avons aussi Christophe Galaup, le frère d’Isabelle Galaup. Il est spécialiste en secours d’animaux en montagne. C’est-à-dire qu’en été par exemple, quand les randonneurs vont se promener avec leur chien et qu’ils le perdent, c'est Christophe qui y va. Il connaît la montagne par cœur, et il s’y rend généralement avec un autre collègue.

 

Là par exemple, c’est l’hiver, on nous a appelés il n'y a pas longtemps pour nous signaler des chevaux et des vaches dans la neige par -12°C ou -15°C, et c'est lui qui y est allé avec des raquettes aux pieds pour essayer de les aider. Ça aussi c’est important, car en montagne il faut quand même des spécialistes qui connaissent le coin. Quelques fois à leurs risques et périls, parce que les sentiers sont dangereux.

 

Pourriez-vous nous parler de l’affaire qui vous a le plus marquée ? Celle qui est la plus représentative des raisons qui vous motivent à continuer ce que vous faites.

 

Eh bien, vous avez entendu parler des lévriers de Fitou. Ça, ça a été un grand choc pour nous. Après je n’ai pas d’exemple précis, mais je me rappelle d’un chien qui mangeait de la terre quand on l’a récupéré parce qu’il était affamé, enchaîné sur un terrain, à la pluie, au vent. Il était bourré de vers… Il a été récupéré par le refuge « Un gîte, une gamelle », par Corinne.

 

Parfois il nous arrive aussi de récupérer des chiens avec le collier incrusté dans le cou. On leur a mis un collier étant chiot, mais le maître ne l'a jamais changé ou agrandi. Ça c'est vraiment terrible.

 

Selon vous, quelle est la plus grande difficulté dans ce métier ?

 

Je pense que c’est un métier difficile à bien des niveaux. Mais le plus difficile, c’est de ne pas pouvoir récupérer les animaux immédiatement. Et à ce propos, nous recherchons urgemment un véhicule utilitaire. Si quelqu’un peut nous faire don d’un véhicule de ce type, ça nous serait d’une grande aide pour récupérer ces pauvres bêtes dans l’urgence. On pourrait l’aménager et y mettre des cages pour transporter les animaux et les mettre en sécurité.

 

Dany Goizé (gauche) et Isabelle Galaup (droite) – Source : ASEMA-Facebook

 

Si vous souhaitez soutenir l'ASEMA et rester informés de leur travail, vous pouvez vous rendre sur leur page Facebook. Et si vous aussi, vous constatez un cas de maltraitance, vous pouvez lancer une alerte auprès de l'association en les contactant à l'adresse ou au numéro suivant :

 

ASSOCIATION SERVICE ENQUÊTE MALTRAITANCE ANIMALE (A.S.E.M.A.) – DANY GOIZÉ
2, rue Montesquieu
66600 ESPIRA DE L'AGLY
Mobile : 06 49 40 62 75
E-mail : service.enquetes66@gmail.com

 

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