La question du bien-être animal divise en politique

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Le grand référendum pour les animaux, lancé au mois de juin 2020, n’en finit plus de faire parler de lui. Ce référendum d’initiative partagée (RIP) veut pousser le gouvernement à légiférer sur le bien-être animal en France et à prendre des mesures concrètes pour faire bouger les choses.

 

Très largement soutenu par une partie de la population française (plus de 73 % des personnes interrogées se disent prêtes à signer le référendum), le processus embarrasse cependant une partie de la classe politique, car les liens entre les partis et les fédérations ou syndicats de chasseurs, éleveurs, ou agriculteurs, sont forts. Le référendum se concentre sur six mesures phares : l’interdiction de l’élevage intensif, l’interdiction de l’élevage de fourrure, l’interdiction de l’élevage de poules en cage, l’interdiction de la chasse à courre, de déterrage et les chasses dites traditionnelles, l’interdiction des spectacles d’animaux sauvages et enfin la fin de l’expérimentation animale.

 

Source : PhotoNews

 

Willy Schraen, le président de la Fédération des Chasseurs, n’avait pas manqué de faire savoir son opposition totale à ce projet dans une lettre adressée au gouvernement. Mais la question du bien-être animal préoccupe bel et bien les Français, qui soutiennent en très grande majorité les mesures proposées. Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Bardot, explique dans le journal Sud Ouest :

 

Le RIP est particulier car il a au départ été porté par des entrepreneurs pas identifiés comme étant des défenseurs des animaux. Ça change le rapport de force. Il y a des élus qui ne sont pas insensibles à la cause animale, qui portent le sujet devant l’Assemblée nationale. Chez LREM, il y a une compétition, assez bénéfique finalement, pour savoir qui va le plus se positionner sur la question.

 

Loïc Dombreval, membre de LREM et indéfectible soutien de la cause animale, ajoute :

 

On a le droit de ne pas aimer les animaux, mais pas de ne pas écouter ses citoyens.

 

Les premières années du quinquennat d’Emmanuel Macron n’ont guère brillé par les prises de position en faveur du bien-être animal. Au contraire, le président n’a eu cesse de se rapprocher des chasseurs et d’affirmer son soutien aux chasses traditionnelles. Le remaniement ministériel de juillet n’a fait que renforcer cette impression d’indifférence auprès des associations de défense des animaux. Jean-Charles Fombonne, président de la SPA, se désole :

 

On s’attendait à un secrétariat d’État à la Condition animale, quelqu’un de nouveau. Et rien. Ce n’est même pas du pessimisme, c’est de l’incompréhension.

 

Source : Pixabay

 

Mais le combat n’est pas encore perdu. Le groupe Ecologie, Démocratie et Solidarité, créé récemment à l’aile gauche de la majorité, entend bien présenter une proposition de loi au mois d’octobre sur la question du bien-être animal. Problème : l’autre aile de la majorité, elle, se montre plus frileuse sur la question, craignant de froisser des soutiens. Samuel Airaud, membre de L214, explique d’ailleurs que les chasseurs exercent une indéniable influence sur Emmanuel Macron. Alain Perea, membre de LREM, en est la parfaite illustration :

 

Il est hors de question que je soutienne le RIP, je me battrai pour qu’il n’aboutisse pas. Pendant une chasse à courre, il y a une poursuite qui peut effrayer les animaux, certes, mais quand on se promène en 4×4, qu’on va courir, qu’on amène ses enfants dans la forêt, les animaux sont aussi effrayés.

 

Il semble donc assez improbable qu’Emmanuel Macron et son gouvernement choisissent de s’éloigner de la ruralité, courtisée depuis plusieurs années afin de l’arracher à l’extrême-droite, qui progresse très fortement depuis 2017 dans cet électorat. À deux ans des élections présidentielles, le président ne prendra sans doute aucun risque. La tâche s’annonce ardue pour les défenseurs de la cause animale. Matthieu Orphelin conclut :

 

Il va falloir prendre des positions fortes : sur la chasse à courre, le ‘en même temps’, ça va être compliqué…

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