France : le lynx boréal menacé

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Le lynx boréal, pourtant classé sur la liste rouge des espèces menacées par l’Union internationale pour la conservation de la nature, reste la cible des braconniers, comme le rapporte le site de la Fondation 30 Millions d’Amis. Le 25 octobre 2020, le cadavre d’un jeune lynx avait notamment été retrouvé dans le Jura suisse : l’animal avait été abattu par arme à feu. Un autre avait été découvert en janvier 2020 dans les Vosges, puis un autre en mars 2020 dans le Jura.

 

Antoine Rezer, chargé de mission lynx pour la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM), explique :

 

Les destructions illégales sont une grande menace pour l’espèce. Or, elles sont largement sous-estimées.

 

Le braconnage fait des ravages parmi les populations de lynx, à tel point qu’elles ont fait une chute très inquiétante au cours de ces dernières années. Indirectement, la chasse légale contribue aussi à la baisse des effectifs : le nombre de proies disponibles pour les prédateurs diminue. De même, les nombreuses destructions de l’environnement avec la construction d’infrastructures amputent le territoire du lynx.

 

Source : DR

 

En France, il est strictement interdit de tuer des espèces protégées, et le braconnage est puni de 150 000 euros d’amende et de trois ans d’emprisonnement. Hélas, les auteurs sont très rarement retrouvés et les sanctions peu appliquées. Olivier Guder, coordinateur lynx pour Ferus, confie :

 

Il est à craindre que les coupables ne soient pas retrouvés. C’est la raison pour laquelle nous demandons la création d’une cellule d’enquête spécialisée pour ces cas de destruction. Cette recommandation a été évoquée à l’occasion de l’élaboration du Plan National d’Action Lynx, dont les actions devraient être rédigées d’ici fin 2020.

 

Sylvain Gatti, chargé de mission Plan National d’Action Lynx, ajoute cependant :

 

Pour aider à identifier les auteurs des faits, les moyens de la police scientifique et technique, comme ceux de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), peuvent être mobilisés. Mais s’agissant de faits se produisant en pleine nature, le plus souvent sans témoins et malgré les efforts déployés par les services, le manque d’éléments ne permet que rarement de mettre en cause un ou plusieurs individus auteurs ou co-auteurs des faits.

 

Quand les auteurs sont identifiés et jugés, les peines maximales sont rarement appliquées, et les prévenus s’en tirent sans trop de dégâts. Les associations demandent donc à ce que les sanctions prévues soient respectées. Les organisations considèrent également qu’il est impératif de sensibiliser la population, autant les chasseurs que les autres. Car les braconniers ne tuent pas le lynx pour avoir un trophée : ils abattent l’animal car ils le considèrent comme un rival à la chasse. Pourtant, ce ne sont pas les proies qui manquent, comme le rappelle Olivier Guder.

 

Il est donc nécessaire que les réintroductions se fassent en accord avec toutes les parties présentes : chasseurs, éleveurs, associations, comme cela se fait notamment en Allemagne. Sylvain Gatti affirme :

 

Le PNA se propose d’engager ces dialogues, ces médiations et ces processus, et seulement quand le terrain sera favorable, nous pourrons passer à des mesures de conservation plus proactives et interventionnistes.

 

Source : AFP

 

Cependant, de nouvelles réintroductions ne sont pour le moment pas à l’ordre du jour, au grand dam des associations.

 

Nous sommes d’autant plus pessimistes que les chasseurs sont des parties prenantes de poids ; or, certaines fédérations départementales de chasse souhaitent pouvoir réguler l’espèce.

 

Les organisations de défense et de protection des animaux demandent pourtant à ce qu’un lynx abattu par un braconnier soit aussitôt remplacé par un autre, voire par deux autres animaux, afin d’assurer la viabilité génétique de l’espèce en France.

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