André-Joseph Bouglione : de célèbre dompteur de fauves à animaliste écolo

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Si vous êtes intéressé par l'univers du cirque ou que vous suivez de près les actualités liées à la cause animale, il y a un nom qui ne vous a probablement pas échappé : celui d'André-Joseph Bouglione. Issu d'une famille circassienne du même nom et ancien dompteur de fauves célèbre, il a depuis quelques années raccroché son fouet afin de se consacrer à son nouveau cirque, écologique et "100% humain".

 

écocirque bouglioneSource : Patrick Fouque/Paris Match

 

Dans un ouvrage paru le 5 avril 2018 et intitulé Contre l'exploitation animale, l'ancien dompteur témoigne sur son passé et les conditions de vie des animaux de cirque. Il propose également des solutions aux circassiens qui souhaiteraient, comme lui, sauver l'univers du cirque dont la réputation est bien souvent salie par des pratiques envers les animaux jugées barbares.

 

Aujourd'hui, et en exclusivité pour le Holidog Times, André-Joseph a accepté de se confier sur son parcours, ses convictions et sa vision quant à l'avenir du cirque traditionnel.

 

Les cirques n'ont plus la faveur du public

 

Interrogé sur les raisons qui les ont poussés, lui et son épouse Sandrine, à ne plus utiliser d'animaux dans les cirques, Bouglione répond :

 

En fait, on a vraiment pris une décision ferme en 2013, mais ça faisait déjà quelques mois, quelques années qu'on y pensait. Sandrine et moi, on s'était déjà rendu compte en 2013 qu'il y avait un problème d'image par rapport au public. On n'avait plus l'image d'artistes émérites qu'on avait. Avant, on était respectés parce qu'on allait dans les montagnes, dans les endroits reculés de France où personne n'allait, donc il y avait un certain respect autour de ça. Puis, petit à petit, cette image s'est dégradée.

 

écocirque bouglione

 

Le directeur de cirque explique que les mentalités ont changé, et que la sensibilité du public à la cause animale a, elle aussi, évolué en faveur des animaux de cirques. Après la modification du Code civil de 2015, qui a changé le statut juridique des animaux, les reconnaissant comme des êtres sensibles, les comportements à l'égard de ces derniers ont pris un nouveau tournant. Les spectacles de cirque qui utilisent des animaux, quant à eux, sont désormais pointés du doigt.

 

Avant, on avait une image beaucoup plus glamour, beaucoup plus sexy. Et on a perdu cette image-là, et le public avec.

 

André-Joseph Bouglione nous explique également que si l'image des cirques est à ce point "en déficit" depuis quelques années, cela est dû à la présence de "cirques voyous", ces "faux cirques" qui, sous couvert d'être des artistes du monde du spectacle, mènent en réalité beaucoup d'autres activités, le plus souvent illégales. Et ces cirques-là survivent justement grâce à la présence d'animaux dans leurs spectacles.

 

"Le problème est dans la captivité et l'exploitation commerciale"

 

Mais la dure réalité derrière les strass et les paillettes, c'est que les animaux utilisés dans les cirques, et qui plus est les animaux sauvages, sont le plus souvent en voie d'extinction à l'état naturel. Si les fauves se reproduisent assez facilement en captivité, comme le rappelle l'ex-dompteur, les éléphants, en revanche, sont obligatoirement capturés dans la nature, et leurs familles décimées.

 

écocirque bouglione

 

La question de la maltraitance animale est assez délicate dans le cas des cirques, car comme le dit André-Joseph : "Il y a certains cirques qui traitent très bien leurs animaux". Mais selon lui, la définition de la maltraitance ne s'arrête pas aux portes d'une cage trop étroite, mais commence bel et bien dès lors que l'on parle de captivité.

 

Le problème, il est pas dans la maltraitance, parce que quoi qu'il arrive, même si on traite bien les animaux, ils restent en captivité. Ils restent privés de liberté. Et ça, dans la société humaine, c'est une punition. Et la raison pour laquelle j'ai vraiment été radicale, dans la démarche que Sandrine et moi nous avons développée, c'est que pour nous, à partir du moment où il y a captivité, que les animaux soient domestiques ou sauvages, qu'ils soient bien traités ou maltraités, finalement le problème n'est pas là. Le problème est dans la captivité et l'exploitation commerciale.

 

Il a également ajouté :

 

Là on est dans un problème éducatif et social. Les cirques aujourd'hui ont une responsabilité sociale. Parce que le public amène des enfants voir des animaux qui sont exhibés pour de l'argent.

 

Un "écocirque 100% humain"

 

Mais la démarche d'André-Joseph Bouglione et de son épouse Sandrine, par ailleurs ex-dompteuse de talent également, va beaucoup plus loin. Le couple, qui se définit comme "animaliste", est convaincu que la défense des animaux va de pair avec la protection de la biodiversité.

 

On s'est rendu compte d'une chose avec Sandrine, c'est qu'on ne peut pas faire d'animalisme sans écologie, c'est finalement la même chose. L'écologie et l'animalisme se regroupent puisque défendre la biodiversité sans faire d'animalisme c'est un peu absurde quelque part.

 

écocirque bouglioneSource : Yann Rabanier/Libération

 

Aujourd'hui, contrairement à l'époque, les avancées technologiques favorisent une approche plus "verte" de ce domaine d'activité.

 

Au départ, l'écocirque c'est une vieille idée qu'on avait depuis presque quinze ans. A l'époque, on avait tenté de le créer mais ce n'était pas simple, car la technologie n'était pas au rendez-vous. Aujourd'hui, tous les voyants sont au vert. Le photovoltaïque, toute l'énergie solaire, les technologies pour la récupérer et faire de l'électricité avec. Pareil pour les groupes électrogènes qui ne produisent plus de CO2. Pareil pour le transport. A l'époque, pour voyager en train c'était pas forcément évident. Aujourd'hui, il y a plein de solutions. Ça reste onéreux mais ça coûte bien moins cher qu'il y a quinze ou vingt ans.

 

Les Bouglione sont donc sur tous les fronts et ont solution à tout ! Pour éviter de polluer la planète, ils troquent leurs camions poids-lourds contre des conteneurs maritimes recyclés, qu'ils ont l'intention de transporter en empruntant les voies ferroviaires.

 

écocirque bouglioneSource : Festival Focus

 

C'est aussi une démarche citoyenne, dans le sens où on attend pas que les politiques se soient saisis du sujet […] On s'est dit, à notre humble niveau, on va profiter du fait qu'on arrête de tourner – parce que l'année dernière nous avions reçu tellement d'intimidations que nous avons arrêté de tourner – pour occuper notre temps à créer un cirque qui soit à la fois pour les animaux et pour la planète.

 

Des cirques d'institution qui se voilent la face

 

Selon André-Joseph Bouglione, les grands cirques dont le nom est connu depuis des générations, et qui utilisent toujours des animaux pour leurs numéros, sont d'une part, fortement lésés par la sensibilité du public au sort de ces animaux, et d'autre part, prisonniers d'une machine bien huilée qui se base sur des années et des années de traditions circassiennes. Interrogé sur ses confrères, il répond sans ambages :

 

Ils vivent dans le déni, c'est triste. Ce qui est triste, c'est de les voir s'acharner à essayer de sauvegarder quelque chose qui est déjà mort. Si une loi criminalise les cirques animaliers, les conséquences pour les cirques seront énormes. Ils pensent que la balle est dans le camp du gouvernement, mais en réalité la balle est dans le camp du cirque. Ils ont le choix. Ils ont les solutions, je les ai écrites dans mon livre. Et il y en a d'autres encore, ce n'est pas exhaustif dans mon livre. L'intérêt de cet ouvrage, c'était de lancer un pavé dans la mare, et de dire : "il y a un problème".

 

écocirque bouglione

 

Cette vision "passéiste", comme il la qualifie, a de lourdes conséquences, à la fois pour les animaux, et pour le monde circassien, qui meurt à petit feu.

 

Populariser le cirque traditionnel

 

A l'instar du Cirque du Soleil ou du Cirque Plume, l'écocirque de Bouglione en revient aux bases afin de proposer des numéros authentiques, à la différence que le sien se veut beaucoup plus populaire. Des numéros sans prétention, des artistes proches de leur public, c'est la promesse d'André-Joseph Bouglione.

 

Les gens me disent souvent : "Merci d'avoir pris position de cette manière, on va pourvoir enfin envoyer nos enfants voir un cirque traditionnel".

 

Pour l'heure, les dates de la tournée de l'écocirque n'ont pas encore été dévoilées, mais nous savons de source sure que leur annonce devrait se faire dans l'originalité, à l'image d'André-Joseph et de son épouse, qui, nous en sommes certains, n'auront pas de mal à gagner le cœur du public.

 

Pour ne rien manquer de l'actualité de l'écocirque 100% humain d'André-Joseph Bouglione, rendez-vous sur sa page Facebook.

 

Son livre, Contre l'exploitation animale, est disponible aux éditions Sand dans vos librairies. Prix : 15 euros.

 

Le Holidog Times met avant les projets de I4ANIMAL, le collectif qui rassemble les porteurs de projets qui font progresser le bien-être animal. En savoir plus.

 

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