Coronavirus : vers une remise en question de nos sociétés

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Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS, est revenu auprès du site d’informations 20 Minutes sur la très grave crise sanitaire que traversent actuellement la France et le monde entier. Face au Covid-19, qui fait chaque jour des milliers de mort, les systèmes de santé semblent impuissants à endiguer la pandémie.

 

Mais pour Philippe Grandcolas, la propagation de ce virus venue de Chine doit aussi nous interroger sur notre rapport à la biodiversité, à la nature et à la vie animale. Il semble tout vraisemblable que l’origine du Covid-19 se trouve chez le pangolin. Ce petit mammifère aurait servi d’intermédiaire entre un virus présent chez la chauve-souris et l’être humain. Ces théories ne restent pour l’instant que des hypothèses et la science, à l’avenir, devrait nous donner une réponse plus ferme.

 

Source : Flickr

 

Toujours est-il que le Covid-19 est une maladie zoonose, qui se transmet de l’animal à l’être humain. Dans le cas du coronavirus, le réservoir est dans tous les cas un animal sauvage. Philippe Grandcolas explique :

 

Cette épidémie de coronavirus est révélatrice de l’état actuel de la biodiversité. Plus précisément, de la façon dont l’homme la maltraite. Comment en arrive-t-on à soupçonner le pangolin d’être à l’origine de la pandémie, alors qu’il s’agit d’un mammifère plutôt solitaire et nocturne qui vit dans les forêts tropicales d’Asie et d’Afrique australe ? Théoriquement, ses contacts avec l’homme sont limités, et donc la probabilité qu’il nous transmette un virus est faible.

 

Malheureusement, le pangolin est le mammifère le plus chassé de sa planète, alors qu’il est en danger de disparition. Pourquoi ? Parce que ses écailles sont utilisées dans la médecine traditionnelle chinoise et que sa viande est très appréciée en Afrique, en Asie du Sud-Est et dans l’Empire du Milieu. Philippe Grandcolas poursuit :

 

Ce trafic d’animaux exotiques a deux conséquences majeures. Il augmente d’une part le risque d’épidémie en nous mettant en contact avec des agents infectieux rares, ce commerce alimentant des marchés présents aujourd’hui dans de grands centres urbains. D’autre part, ces trafics mettent en contact divers animaux et permettent à des agents infectieux de recombiner et d’être ainsi capable de franchir la barrière entre espèces. 

 

Source : Pixabay

 

Pour le scientifique, le Covid-19 est une des conséquences directes de l’impact négatif de l’homme sur la biodiversité, et l’épidémie, dès lors, aurait très bien pu être évitée.

 

L’erreur, en sortant de cette crise, serait de dire qu’il y a toujours eu des épidémies, qu’elles existaient bien avant la crise de la biodiversité. […] Ce qui apparaît clairement aujourd’hui est que le nombre d’épidémies liées à des zoonoses augmente ces dernières décennies. Là encore, on peut y voir les signes d’une biodiversité maltraitée. Nous détruisons les milieux naturels à un rythme accéléré, nous élevons des animaux n’importe comment, nous chassons des espèces exotiques et sauvages pour des raisons sottement récréatives. 

 

Parmi les zoonoses récentes, citons l’épidémie de SRAS, la grippe aviaire ou porcine, la maladie de Creutzfeldt-Jakob, le virus Ebola ou même le VIH, dont l’origine, entre autres, serait la consommation de viande de singe. Et pour Philippe Grandcolas, la crise du Covid-19, une fois terminée, ne signera certainement pas la fin des zoonoses.

 

On sait aussi que l’on devra faire face à des épidémies futures liées à des zoonoses, mais personne ne peut prédire exactement quand et où elles surviendront. Ni à partir de quel réservoir animal. Tout simplement parce que de nombreux facteurs entrent en jeu : la déforestation, le braconnage, le commerce international, les orientations que nous prenons pour nourrir la planète (élevage…).

 

Pour le scientifique, l’autre erreur serait de pointer seulement du doigt les marchés d’animaux exotiques, loin de nos contrées. L’Europe maltraite elle aussi ses écosystèmes, et la France ne fait pas exception. Le massacre des renards, considérés comme nuisibles, favorise la prolifération des rongeurs, véhicules de tiques responsables de la maladie de Lyme, autre zoonose. Autre problème de nos sociétés : l’élevage intensif, dont la promiscuité favorise à la fois les maladies et la consommation excessive d’antibiotiques qui favorisent l’éventuelle résistance des pathogènes.

 

Source : Noel Celis

 

Alors, quelle solution à long terme ? Philippe Grandcolas revient sur l’initiative One Health, qui propose de traiter sur un même pied d’égalité la santé humaine et la santé animale, étant toutes deux intimement liées. One Health, lancée dans les années 2000, entend lutter contre les zoonoses, mais aussi contre l’abus des antibiotiques dans les élevages, tout en assurant la sécurité sanitaire des aliments.

 

Philippe Grandcolas conclut :

 

Le monde vivant héberge quantité de microbes qui sont ici ou là indispensables, y compris pour nous. Il faut apprendre à gérer les risques. Tout simplement, ne pas faire n’importe quoi avec la biodiversité.

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