Chasseurs : le poids des intimidations

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La saison de la chasse a désormais repris depuis plusieurs semaines en France. Il n’est donc plus rare, aujourd’hui, de croiser des battues en forêt ou à la campagne. Mais alors qu’une très grande majorité de Français continuent de manifester son hostilité à la pratique, les chasseurs, eux, ne cessent de jouir d’une certaine impunité. Pire encore, ils usent d’intimidations et de menaces pour faire la loi, comme le rapporte le magazine Reporterre.

 

Nathalia Covillault, 38 ans, en a malheureusement fait les frais en 2019. Alors que la jeune femme et son compagnon possèdent un refuge LPO à Forcalqueiret, dans le Var, elle est agressée par deux chasseurs qui chassaient à proximité de sa propriété – chasse pourtant interdite. L’un des chasseurs, furieux d’être filmé, s’en prend à elle.

 

Ils m’ont traité de pute, de salope. Ils ont menacé de tuer ma chienne et de « revenir fumer mes canassons ». C’est une phrase qui reste dans ma tête encore aujourd’hui.

 

Source : Randonner.fr

 

Nathalia porte plainte, mais vit ensuite dans la crainte des représailles. Quelques jours plus tard, un homme s’introduit en pleine nuit dans le refuge. Nathalia et son compagnon se barricadent chez eux et appellent les gendarmes, mais une heure plus tard, à l’arrivée de ceux-ci, l’intrus a disparu.

 

À partir de là, le cauchemar a commencé. 

 

Le rêve de Nathalia s’écroule.

 

Je ne me souviens de quasiment rien. J’ai passé la nuit à faire des crises de tétanie. On est allés déposer plainte, mais je ne m’en souviens pas vraiment. De ce qu’on m’a raconté, mes animaux ont été éparpillés, des amis se sont débrouillés pour les accueillir chez eux. En 24 heures, on a déplacé notre habitation mobile, on a enlevé toute notre vie du terrain parce qu’on a senti que si on n’avait pas surpris ce mec armé chez nous…

 

Nathalia a dû être hospitalisée pendant un mois pour se remettre de cette terrible épreuve. Elle vit désormais chez des amis, mais regrette son départ, tout en sachant qu’elle ne pourra pour le moment pas revenir.

 

J’ai peur de revenir, de m’absenter pour faire des courses et de retrouver mes chevaux avec trois balles dans la tête. J’attends que les personnes qui m’ont fait du mal soient punies par la justice pour être en confiance avec mon avenir.

 

Source : DR

 

Malheureusement, ce genre d’intimidation est loin d’être un acte isolé. L’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) recense de plus en plus de conflits avec les chasseurs. Un homme habitant à Kerbors, dans les Côtes-d’Armor, a été giflé et menacé de mort :

 

Ça fait cinq ans que j’habite ici, cinq ans que je subis des agressions. J’ai perdu quinze kilos, ma famille ne me reconnaît plus. Pour moi, c’est une mafia française qui sème la terreur.

 

Les menaces physiques s’accompagnent bien évidemment désormais de menaces écrites sur les réseaux sociaux. Pierre Rigaux, naturaliste qui monte régulièrement au créneau contre les chasseurs, confie qu’il reçoit quotidiennement des menaces.

 

Depuis que j’ai une page Facebook. Ça a décuplé. Avec des menaces de mort et de violence sur les réseaux sociaux notamment.

 

Même chose pour la Ligue de Protection des Oiseaux. Yves Verilhac, directeur général de la LPO, s’indigne :

 

C’est aussi une forme de laxisme des dirigeants cynégétiques et agricoles qui ne condamnent jamais les actes délictueux et les menaces.

 

Les poursuites judiciaires sont qui plus est très rares. Rodolphe Trefier, porte-parole du collectif Abolissons la vénerie aujourd’hui (Ava), explique :

 

Ce qu’on dit aux riverains, c’est que leur premier réflexe doit être de sortir leur téléphone portable et d’allumer la vidéo. Les images peuvent constituer des preuves.

 

De son côté, Nathalia Covillault conclut :

 

Je ne me considère pas comme une militante anti-chasse, je fais la part des choses sur le comportement de chaque individu. J’ai reçu beaucoup de soutien de la part de certains chasseurs sur les réseaux sociaux. Mes agresseurs sont surtout des voyous qui terrorisent les gens et les animaux. Ce n’est pas en payant un permis de chasse à 46 euros qu’on peut s’octroyer le droit de détruire des vies.

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