En France, le trafic de chiens est le troisième marché criminel, après la drogue et les armes. Une récente enquête a mis en évidence la dure réalité derrière le commerce de chiens de race, bien souvent opéré dans l'illégalité. De nombreux groupes et fondations de défense des animaux se battent tous les jours pour démanteler ce trafic et venir en aide à ces animaux vendus sous le manteau.[caption id="attachment_53435" align="alignnone" width="755"]

Photo d'illustration de Carlins - Source : Ministère de l'Intérieur[/caption]
Dans l'horreur des élevages clandestins
Anne-Cécile Beaudoin, journaliste pourParis Match,a réalisé une enquête sur ce commerce illégal, accompagnée de la photographe Gaëlle Girbes. Les deux femmes se sont notamment rendues à Saint-Denis, le 1er mars 2018, afin de voir par leurs propres yeux les coulisses de ce "business clandestin".Au fond d'une cour d'immeuble, dans des locaux poubelles fermés à l'aide de chaînes, elles ont fait la découverte de plusieurs animaux détenus par des trafiquants. Parmi les restes de nourriture croupissants, l'urine et les excréments, une American Staff vraisemblablement pleine.La Fondation 30 Millions d'Amis, également membre du sauvetage, est venue au secours d'un Pitbull terrorisé qui n'arrivait presque plus à marcher. Un chiot présentant une blessure ouverte à la mâchoire a également été saisi. Arnauld Lhomme, enquêteur de la fondation, a déclaré :
Ces animaux servent à la reproduction. Leur attitude laisse deviner qu’ils sont régulièrement tabassés.
Ce business très lucratif durait visiblement depuis plusieurs mois, raconte la journaliste de Paris Match. Un responsable de la fourrière de la Seine-Saint-Denis a indiqué :
Le staff reste très demandé. Il se revend 900 euros au marché noir.
Le 16 mars, dans un village en Haute-Saône, des enquêteurs de la brigade de recherche de Vesoul ont assisté à une livraison par fourgons de chiots en provenance de Slovaquie.[caption id="attachment_53436" align="alignnone" width="767"]

Photo d'illustration de chiens dans une cage - Source : soirmag[/caption]Des militaires assistés de la brigade nationale vétérinaire et de la cellule anti-trafic de la SPA sont intervenus au domicile de Jean-Jacques, 72 ans. Cet ancien vétérinaire radié de l'ordre était à la tête d'un trafic de chiens entre la Slovaquie et la France. Ce jour-là, 11 Bouledogues et 12 Carlins ont été retrouvés sur place.Il a été placé en garde-à-vue pour "introduction sur le territoire d’animaux non conformes aux conditions sanitaires ou de protection, exécution de travail dissimulé et blanchiment".L'homme est soupçonné d'avoir vendu 150 chiens depuis 2015, principalement via la plateforme Leboncoin.
Une activité des plus lucratives
Les chiens revendus aux particuliers proviennent principalement de pays tels que la Slovaquie, la Hongrie ou encore de Tchéquie.Les races importées dépendant de la demande, et peuvent donc varier d'une année à l'autre. Les Bouledogues et les Carlins sont très demandés, et figurent donc parmi la liste des chiens les plus fréquemment importés. Dans le cas de cette enquête, les premiers sont généralement achetés 480 euros en Slovaquie, puis revendus 720 euros sur le marché français, tandis que les second passent de 360 à 720 euros, précise Anne-Cécile Beaudoin.

Source : Minute News
Il y a donc beaucoup à gagner en démarrant une activité de ce type. En décembre 2013, le Syndicat national des professions du chien et du chat a réalisé une étude sur une semaine, révélant un chiffre d'affaire sur Leboncoin de 15,6 millions d'euros.Ce trafic reste toutefois très difficile à chiffrer, en raison de sa nature clandestine.
Un contrôle difficile à exercer
Franck Verger de la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP), a indiqué :
Il est difficile d’évaluer une activité qui, par nature, est dissimulée. D’autant que, en France, en ce qui concerne les animaux domestiques, on ne parle pas de trafic – la qualification pénale pour ce terme n’existe pas –, mais de commerce non conforme à la réglementation. Les premières victimes sont les chiens.
Depuis 1993, la SPA a créé sa propre cellule dédiée au trafic de chiens, et dirigée par l'ancien gendarme Julien Soubiron. Celui-ci a indiqué :
On a vu l’évolution du trafic. Il y a quelques années, on était face à de gros importateurs clandestins qu’on a pu faire tomber. Désormais, il n’y a plus de profil type.
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Photo d'illustration d'un Bouledogue - Source : hyperassur[/caption]Selon l'I-Cad (identification des carnivores domestiques), le nombre de chiens importés aurait augmenté de 17% en quatre ans. On en retrouve un peu partout : dans les animaleries, sur les sites de vente entre particuliers tels que Leboncoin ou Vivastreet, dans les salons du chiot, etc.Ces animaux voyagent généralement dans des conditions très difficiles, puisqu'ils doivent souvent parcourir de longues distances, entassés dans des fourgons.
Les signalements ne suffisent pas
La plupart du temps, les associations ou fondations telles que 30 Millions d'Amis interviennent à la suite de signalements. Mais cela "ne suffit pas", comme l'indique Anne-Cécile Beaudoin. Car le plus gros du trafic se fait sur Internet.Anne-Claire Chauvancy, responsable de la protection animale à la Fondation Assistance aux animaux, a déclaré :
Malgré la loi de 2015 reconnaissant aux animaux la qualité d’êtres vivants doués de sensibilité, ils ne sont pas une priorité. Qu’il s’agisse des procureurs, des agents de la DDPP ou des fonctionnaires de police, tout est question d’individu. Nombre d’entre eux ne sont pas au courant des lois de protection animale, d’autres ferment les yeux. [...] Notre job, c’est de forcer l’État à faire son travail.
Un travail de longue haleine, qui requiert une présence quasi-permanente dans les rouages de ce business clandestin. Et comme le rappelle Franck Verger, " tant qu’il y aura de la demande, il y aura de l’offre".Si vous pensez adopter un chiot, privilégiez les animaux vivant dans les SPA. Rappelez-vous que ce sont eux qui ont le plus besoin d'aide. Et si vous êtes intéressé par une race en particulier, assurez-vous de passer par le biais d'éleveurs français sérieux.Sachez notamment que la présence d'un numéro Siren (Système d'identification du répertoire des entreprises) ne permet pas de garantir l'honnêteté d'un vendeur, puisque beaucoup d'éleveurs hors-la-loi utilisent un "prête-nom" afin de passer entre les mailles du filet.


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