Aisne : une femme enceinte tuée par des chiens de chasse

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MISE À JOUR : Compte tenu du conflit d’intérêt posé par la présence du lieutenant colonel Jean-Charles Métras lors de cette chasse à courre, l’enquête a finalement été confiée à la section de recherche d’Amiens par le procureur de la République Frédéric Trinh.


 

Elisa Pilarski, une jeune femme de 29 ans, enceinte de 6 mois, a été retrouvée morte dans la forêt de Retz, entre Villers-Cotterêts et Soissons (Aisne), le samedi 16 novembre 2019, comme le rapporte le site d’informations BFMTV.

 

Elle promenait son chien lorsqu’elle a appelé son compagnon pour lui indiquer qu’elle se sentait menacée par une meute de chiens de chasse, qui participaient à une chasse à courre à proximité. Elle avait également indiqué avoir croisé le propriétaire d’un Malinois non attaché quelques instants plus tôt. Quand le jeune homme est arrivé, la jeune femme était déjà morte.

 

Source : Facebook

 

L’autopsie réalisée le lundi 18 novembre à confirmer une morte consécutive à plusieurs morsures de chiens, ante et post-mortem, au niveau des jambes, des bras et de la tête. Le parquet a indiqué :

 

Des prélèvements ont été effectués sur 67 chiens, ceux appartenant à la victime [cinq au total, mais un seul se trouvait avec elle au moment des faits, NDLR], et d’autres ayant participé à une chasse à courre (…) organisée à proximité.

 

Curtis, le chien de la victime présent à ses côtés lors de la promenade, a guidé son compagnon jusqu’à elle grâce à ses aboiements. Le corps d’Elisa se trouvait au fond d’un ravin. Christophe a expliqué au micro de BFMTV :

 

J’ai appelé Curtis et c’est là qu’il m’a prévenu en aboyant.  Quand je vais pour regarder dans le précipice, je vois une trentaine de chiens arriver sur moi donc je m’écarte. […] Je me suis rapproché, j’ai vu le ventre de ma femme car elle a été déshabillée entièrement. […] J’ai pris Curtis dans la voiture et j’ai été voir des voisins qui ont appelé la police.

 

Source : MLAR

 

Pour les chasseurs à courre, leurs animaux ne peuvent être impliqués. La Société de Vénerie a ainsi indiqué :

 

Ces chiens sont dressés pour chasser un animal particulier (…) et obéir en toute circonstance à l’homme. En aucun cas, ces chiens ne sont agressifs vis-à-vis des humains. Au cours des 15 000 journées de chasse à courre organisées chaque année à travers 70 départements, jamais aucun accident corporel humain n’a été relevé, impliquant des chiens de vènerie.

 

Pour eux, il est même tout à fait impossible qu’Elisa ait été victime de leurs chiens, la mort se situant entre 13h et 13h30. Les véneurs affirment avoir lâché leurs animaux à 13h30, mais ces déclarations sont contredites par plusieurs témoins, qui assurent avoir vu les chiens dès 13 heures.

 

Jean-Michel Camus, qui dirigeait la chasse à courre, a quant à lui déclaré avoir croisé le compagnon de la victime, qui lui aurait dit :

 

« Je cherche mon chien, faites attention à vos chiens car le mien est très dangereux ». Ce qui m’a laissé un peu sceptique, je lui ai répondu que nos chiens n’étaient pas méchants, mais lui m’a répété que ses chiens étaient ‘très très méchants’ et qu’il fallait faire attention. ‘ »l était avec ma femme et je la cherche ».

 

Source : Jacques Lanciault

 

Il ajoute :

 

Et je peux vous dire que nous n’avons pas entendu autre chose à ce moment-là que les cris de ce monsieur. La chasse s’est déroulée tout à fait normalement.

 

À l’heure actuelle, rien ne confirme ou n’informe l’implication des chiens de chasse dans la mort d’Elisa Pilarski, mais la Fondation Brigitte Bardot a déjà écrit une lettre à la Ministre de la transition écologique, Élisabeth Borne, pour demander la suspension immédiate de la chasse à courre pour l’ensemble de la saison de chasse.

 

Une enquête est en cours pour homicide involontaire par agression de chien. Seuls les résultats détermineront l’implication des chiens de chasse ou non. S’il s’avérait qu’ils soient bel et bien responsables, resterait à déterminer l’action des autorités et du gouvernement. À noter que le lieutenant-colonel Jean-Charles Métras, à la tête des gendarmes de Soisson à qui a été confiée l’enquête, appartient lui-même à l’association de chasse à courre de la région. Il a été écarté des investigations. Celles-ci ont par ailleurs été finalement confiées à la section de recherche d’Amiens pour éviter tout conflit d’intérêt.

 

Source : Picardie Populaire

 

Selon les informations de BFMTV, l’hypothèse d’une attaque par la meute de chiens de chasse serait privilégiée à l’heure actuelle. Les résultats définitifs ne seront connus que dans six à huit semaines.

 

La vénerie, tradition ancestrale et cruelle

 

La pratique de la chasse à courre est depuis quelque temps sous le feu des critiques, et les incidents font de plus en plus les gros titres des journaux. Autrefois réservée à l’aristocratie, la vénerie s’est popularisée en France depuis le XXe siècle. Lors de ces chasses où les chiens occupent le devant de la scène, l’homme n’a qu’un rôle minime de contrôle, même s’il peut parfois participer à la mise à mort de l’animal traqué lors de l’hallali.

 

Le collectif AVA entend de son côté dénonce cette pratique, dont les participants semblent d’ailleurs jouir d’une certaine impunité du côté des politiques et des autorités. AVA explique :

 

Il ne s’agit pas ici de réguler la faune sauvage, ni même de manger la bête chassée. Une fois l’animal rattrapé, on le poignarde puis on laisse les chiens le dépecer, souvent encore vivant. Sa tête est conservée comme trophée et ses pattes offertes à des invités.

 

Source : AVA

 

Malheureusement, les véneurs comptent un soutien de poids en la personne du président de la République. Emmanuel Macron estime en effet que :

 

Les chasses traditionnelles font partie du patrimoine de notre pays, elles ne nuisent en rien aux espèces que l’on chasse et elles sont le reflet des traditions d’un terroir et d’un mode de vie.

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