Une exposition anticorrida organisée pour la première fois à Bordeaux

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Du 10 au 16 juillet à Bordeaux se tiendra « L’autre réalité de la corrida », une exposition organisée par la FLAC – Fédération des luttes pour l’Abolition des Corridas. Un événement inédit dans cette région où la tauromachie est profondément ancrée dans la tradition.

 

flac anticorridaSource : FLAC anticorrida

 

Organisée à l’initiative de Thierry Hély, Président de la FLAC, cette exposition a pour but d’éveiller les consciences quant aux conséquences de la corrida. Violence envers les animaux (taureaux et chevaux) et violence visuelle infligée aux enfants sont autant de problématiques qui seront mises à l’honneur à cette occasion.

 

Contre un « lobby taurin »

 

Thierry Hély s’est confié au Holidog Times sur son expérience au sein de la FLAC, ainsi que sur la réalité de la corrida et sur les enjeux de l’exposition.

 

J’ai toujours été sensible à la cause animale, depuis que je suis enfant. Je savais que la corrida était cruelle, mais je n’en savais pas davantage. Parce que j’ai été habitué à voir des images à la télévision, et c’était extrêmement édulcoré donc je ne me rendais pas bien compte.

 

flac anticorridaSource : FLAC anticorrida

 

En 2000, Thierry a décidé d’assister à une corrida dans le cadre de son travail au sein de la Fédération. Une caméra discrète dans le sac, il s’est rendu à Béziers pour assister au spectacle.

 

J’en ai fait un film qui s’appelle « Juste pour le plaisir ». Je l’ai présenté à Cannes, ce qui m’a permis de sensibiliser les personnalités et les médias qui n’étaient pas forcément au courant de la réalité de la corrida. Car dans la corrida, on ne montre pas tout. On montre quand c’est esthétique et chorégraphique. On ne montre pas la mise à mort laborieuse, l’animal qui hurle, le sang, etc.

 

« C’est l’effet de foule qui est redoutable »

 

Selon Thierry, les pratiques cruelles que l’on peut observer au cours d’une corrida sont tolérées, voire encouragées en grande partie en raison de l’effet de foule. Il estime que la cruauté animale ne choque plus lorsque celle-ci est le centre d’un spectacle acclamé de tous, et si bien orchestré pour contenter le spectateur.

 

Ce qui m’a le plus choqué, c’est l’attitude du public. Le fait que l’animal soit charcuté à vif, dans un bain de sang, me choquait évidemment énormément. Mais de voir des gens d’apparence civilisée n’éprouver aucune compassion, aucune pitié, ça ça m’a effrayé quelque part. C’est là que j’ai réalisé que, dans un contexte d’apparat, ça anesthésie tout esprit critique, et toute compassion. C’est l’effet de foule qui est redoutable, parce que ces gens, souvent, ils verraient la même scène dans un lieu privé, comme chez eux, par exemple, ils auraient peut-être été choqués.

 

Ainsi, s’il a intitulé son film « Juste pour le plaisir« , « ce n’est pas innocent ». Thierry estime que la souffrance infligée à ces animaux ne répond qu’à un désir d’être diverti de la part des hommes. Elle « n’est pas légitimée pour la nourriture, pour se vêtir, etc. ».

 

Une pratique pourtant légale dans le Sud de la France

 

Dans 8 départements du Sud de la France, la corrida est encore autorisée à ce jour. Victime d’un genre de vide juridique, d’une faille dans les textes de loi, elle est considérée comme faisant partie des traditions, et est même encouragée.

 

L’article 521-1 du code pénal punit la corrida de deux ans de prison, et 30 000 euros d’amende. Mais l’alinéa 7 dépénalise la corrida encore aujourd’hui en France. C’est un cas juridique, pénal unique en France. Le torero, sur 90% du territoire français est un délinquant. C’est complètement ubuesque.

 

Renaud, également membre de la FLAC, et son chien Sunny – Source : 30 millions d’amis

 

Toutefois, on observe que les consciences s’éveillent de plus en plus à l’égard de la corrida. La défense des animaux est à l’ordre du jour, et les régions où cette vieille habitude à la vie dure se heurtent peu à peu à un changement des mœurs.

 

L’ONU a demandé à toutes les villes taurines de ne pas amener les enfants mineurs voir les corridas, et aucune d’entre elles n’a faibli à cette injonction. En conséquence, il y a Nîmes, par exemple, qui cherche depuis près de dix ans à ce que la ville soit inscrite à l’UNESCO, et bien ça a été refusé. Le refus de Nîmes de suivre les directives de l’ONU d’éloigner les mineurs des corridas a sûrement contribué à ce refus. […] Ça pour nous c’est une bonne nouvelle, car ça prouve que la corrida pose problème.

 

« Nous allons rétablir la vérité, montrer ce qu’on ne voit pas »

 

Au mois de janvier 2018, la Halle des Chartrons, le lieu qui accueille l’exposition, a été le terrain d’un autre événement, organisé par les taurins. A cette occasion, de nombreuses représentations graphiques de la tauromachie, pour la plupart très violentes et à hauteur d’enfants, ont été présentées au public.

 

« L’autre réalité de la corrida » fait donc en quelque sorte écho à cette première exposition. Une manière pacifiste et instructive de contre-attaquer et de rétablir certains faits concernant cette pratique, notamment l’appropriation intellectuelle des peintures de Lascaux par la corrida.

 

Nous n’avons pas envie de faire quelque chose de trop militant et agressif. […] Il suffit d’expliquer ce qui se passe. Nous allons rétablir la vérité, montrer ce qu’on ne voit pas. […] L’exposition sera surtout composée de visuels, de personnalités qui sont opposées à la corrida comme Victor Hugo, Jacques Derrida, Emile Zola, etc. Des personnalités aussi du monde artistique, comme Delon, comme Hallyday, etc. […] Et des images d’enfants confrontés à la corrida.

 

« La corrida, ni un art, ni une culture ; mais la torture d’une victime désignée », Emile Zola, anticorrida – Source : biography.com

 

C’est une première pour la ville de Bordeaux, qui fait pourtant partie des 8 départements à autoriser la corrida. Alain Juppé, maire de la ville, a lui-même indiqué qu’il s’agissait d’un « éclairage culturel contre la corrida ». Thierry, de son côté, a tenu à préciser :

 

On a rien contre les traditions et les cultures, nous on lutte contre la cruauté, c’est tout. S’il n’y avait pas de cruauté dans la corrida, notre fédération n’existerait pas.

 

Sachez que l’événement accueillera également des personnalités publiques telles que Sandrine et André-Joseph Bouglione de l’Ecocirque, ou encore Yolaine de la Bigne, journaliste et fondatrice de Néoplanète et de l’Université d’été de l’animal, ainsi que des représentants de L214 et de la Fondation 30 Millions d’Amis.

 

flac anticorridaSource : FLAC anticorrida

 

Un hommage sera également rendu à Simone Veil, qui avait rejoint la FLAC en 2011.

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’exposition « L’autre réalité de la corrida », rendez-vous sur le site de la FLAC. Elle aura lieu à la Halle des Chartrons, à Bordeaux, du 10 au 16 juillet 2018. Entrée libre.

 

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