La loi américaine interdisant l’import de trophées de chasse a (encore) été assouplie

trophés de chasse
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Début Mars, les Etats-Unis ont assoupli les restrictions sur les imports de trophées de chasse tels que la peau de lion ou les défenses d’éléphants, comme le rapporte le New York Times. Cette décision va à l’encontre des interdictions décidées par l’administration Obama auparavant.

 

Ce changement est dans la lignée d’un premier assouplissement datant de novembre 2017, qui autorisait de nouveau l’importation de trophées d’éléphants en provenance de la Zambie et du Zimbabwe. Cette décision a été annoncé alors que le Président Trump avait affirmé son support aux contrôles sur ces importations.

 

Après la première autorisation en novembre, Donal Trump avait tweeté :

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Une décision importante concernant les trophées de chasse sera annoncée la semaine prochaine mais il sera très difficile de me faire changer d’avis sur le fait que cette horreur aide à la conservation des éléphants ou de tout autre animal.

 

Les imports-exports de trophées comme les peaux de lions ou les défenses d’éléphants – qui ouvrent un marché pour les braconniers – sont strictement contrôlés par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), un traité international écrit en 1963 par les Nations Unies.

 

Les antilopes Bontebok sont une espèce protégée. Source : Flickr/exfordy

 

Grâce à la loi sur les espèces en danger votée par l’administration Obama, l’import des trophées issus de certains animaux devaient être validés au cas par cas.

 

Pour le trophée soit accepté aux Etats-Unis, le pays d’origine devait prouver que la chasse pouvait bénéficier à la protection d’espèces menacées, par exemple dans le cas où les bénéfices dégagés étaient réinvestis dans la conservation ou pour les communautés locales.

 

Cependant, la cour d’appel du district de Columbia Circuit a conclu en décembre 2017 que cette loi avait été adoptée sans suivre les procédures légales. Elle n’a, par exemple, pas été soumise à un débat public.

 

Par ailleurs, l’idée que la chasse puisse aider les espèces menacées fait polémique.

 

Selon les groupes pro-chasse, les chasseurs – qui payent parfois jusqu’à 100 000$ pour chasser un lion ou un éléphant – fournissent des fonds nécessaires à la conservation des espèces.

 

Mais les groupes de protection animal dénoncent la mort de ces animaux protégés et défendent des solutions alternatives pour obtenir des fonds.

 

La mort de Cecil le lion durant une partie de chasse au Zimbabwe en 2015 avait provoqué la colère au niveau international. Source : Wikimedia Commons

 

Elly Pepper, directrice adjointe de l’initiative relative au commerce de la faune sauvage au Conseil de défense des ressources naturelles, a déclaré au New York Times :

 

Il s’agit d’animaux que notre pays a décidé de protéger, et nous devrions tous avoir notre avis à donner à ce sujet. Décider de si quelqu’un peut avoir le droit de tuer un animal appartenant à une espèce en danger ne devrait pas se faire en secret.

 

En pratique, cette nouvelle loi prévoit que les importations depuis six pays (Namibie, Tanzanie, Botswana, Zimbabwe, Zambie et Afrique du Sud) seront considérées au cas par cas, plutôt que pays par pays dans leur globalité.

 

N’importe quelle personne qui souhaite importer un trophée doit remplir les mêmes conditions de conservation qu’auparavant.

 

Cependant, les opposants à cette décision pensent que ce changement va rendre les décisions concernant ces imports sensibles moins transparentes.

 

Avant ce test, le Service pour la pêche et la vie sauvage des Etats-Unis devait rendre publiques les décisions concernant les trophées de chasse. A partir de maintenant, quiconque souhaite connaître le processus de décision derrière chaque cas devra remplir une formulaire « Freedom of Information » (Liberté d’information). Cela peut prendre des mois pour obtenir un retour.

 

Un hippopotame tué par un chasseur. Source : Wikimedia Commons

 

Kitty Block, présidente et CEO de la Humane Society des Etats-Unis (équivalent américain de la SPA) a déclaré :

 

Ces décisions vont être prises dans le noir, et cette nouvelle approche au cas par cas ne donne à personne la certitude que ces animaux seront mieux protégés qu’avant. 

 

Bien que certains aient le sentiment que le texte adopté par l’administration Obama soit plus transparent, il semblerait que cette loi plus sévère n’ait pas vraiment permis d’améliorer la situation des espèces protégées dans les six pays visés.

 

En réalité, leur situation se serait même détériorée au même rythme qu’avant d’après Jan Stander, Directeur du parc naturel Phundundu au Zimbabwe :

 

Le Zimbabwe a perdu environ un demi million d’hectares de terres sauvages depuis l’interdiction des trophées en 2014. Tout est désormais consacré au bétail et à l’agriculture […] La seule raison pour laquelle il y a encore des animaux sauvage au Zimbabwe actuellement c’est grâce à l’argent que rapporte la chasse. Je suis du côté des conservationnistes mais j’ai utilisé l’argent des chasseurs pour préserver les espèces.  

 

De jeunes éléphants mâles dans le Parc National de Hwange. Source : Wikimedia Commons

 

En parallèle, la décision a été saluée par le Safari Club International et le lobby des armes américain (National Rifle Association), qui souhaitaient que la loi change depuis longtemps. Une action en juste avait été lancée contre le Service pour la pêche et la vie sauvage des Etats-Unis.

 

Richard Parsons, CEO du Safari Club International, a déclaré au New York Times:

 

Bien que les gens puissent ne pas aimer la chasse, en Afrique du Sud cela marche et a des effets très positifs sur la conservation de la vie sauvage. […] Cela fait longtemps que je suis dans ce secteur et j’ai écouté de nombreuses associations de défenses des animaux se vanter de leurs actions pour sauver les rhinocéros et les éléphants, mais nous sommes ceux qui donnent de l’argent pour que cela arrive. Nous pensons que le Service pour la pêche et la vie sauvage est sur le bon chemin et va prendre des décisions importantes pour la conservation des éléphants. 

 

Cependant, ce changement de loi ne découle pas d’une amélioration de la situation des espèces en danger concernées. Comme le fait remarquer Kitty Block :

 

Rien n’a changé depuis [novembre]. Il n’y a pas plus d’éléphants et il n’y a eu aucune baisse du braconnage ou de la corruption – tous ces problèmes sont encore présents. 

 

Il semblerait qu’une autre solution doive être trouvée rapidement pour protéger les espèces les plus menacées comme les lions ou les éléphants.

 

Vous pouvez vous rendre sur le site américain de PETA pour faire un don, signer une pétition ou faire pression sur le gouvernement américain pour interdire de nouveau les trophées de chasse.

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